Billie Eilish et James Cameron livrent un cinéma-concert 3D immersif avec le film de la tournée Hit Me Hard and Soft
NEW YORK (AP) : Billie Eilish semble flotter lorsqu’elle entre pour la première fois dans Billie Eilish — Hit Me Hard and Soft: The Tour (Live in 3D). Elle est suspendue au-dessus d’un cube à LED devant un public comble de plus de 23 000 personnes au Co-op Live à Manchester, la plus grande arène du Royaume-Uni, puis ouvre avec Chihiro, le morceau midtempo aux accents house de son album le plus récent. À partir de là, l’approche en 3D commence à montrer toute sa puissance.
Eilish a bâti une carrière en faisant les choses à sa manière, et cette production prolonge cet état d’esprit. Le film-concert est codirigé par Eilish et James Cameron, triple lauréat de l’Oscar du meilleur réalisateur, et le projet aurait commencé lorsque Cameron a pris contact par courriel avec la mère d’Eilish, Maggie Baird. Par une amitié liée à son épouse et à des intérêts communs pour une alimentation végétale et les causes environnementales, il lui a proposé de filmer la tournée en 3D.
Pour Cameron, la mission est à la fois familière et nouvelle. Sa société a déjà participé à des films de concert, dont un lié à Justin Bieber, un artiste qu’Eilish a qualifié d’influence majeure. Mais il n’avait pas personnellement réalisé ce type de long métrage, et les exigences techniques de la 3D conviennent au même goût du défi que l’on retrouve dans son travail sur Avatar. La collaboration fonctionne précisément parce que les deux cinéastes se tiennent en marge du moule habituel de l’industrie.
Eilish a déjà une expérience à l’écran, notamment le documentaire de 2021 Billie Eilish: The World’s a Little Blurry et, la même année, le projet de concert Happier Than Ever: A Love Letter to Los Angeles. Ce film marque sa première incursion comme coréalisatrice sur un long métrage. Contrairement à The World’s a Little Blurry, qui assemblait son ascension et ses jalons, Hit Me Hard and Soft reste ancré dans le format concert tout en repoussant ce que ce format peut faire.
Aucun film ne peut reproduire totalement la sensation d’être à un concert live, mais celui-ci s’en rapproche par un design profondément immersif. Le cadrage donne l’impression d’un angle de vue « premium » où que l’on soit assis. Il traite aussi les faiblesses classiques du film de concert en donnant davantage la parole au public : les fans sont cadrés presque comme une distribution secondaire, et lorsque la caméra se tourne vers eux, la bande-son fait monter reniflements, cris, acclamations et chants imparfaits, qui font écho au point de vue réel du public.
La scénographie minimaliste gagne une présence physique réelle en 3D. On voit Eilish descendre par trappes, s’attacher aux harnais, avaler de l’eau, danser hors champ, larmoyer et prendre ses musiciens dans ses bras. Même si la durée avoisine les deux heures, le rythme paraît léger et vif, l’expérience filant comme une attraction à haute intensité.
Le film ouvre aussi l’accès aux coulisses et sous la scène, y compris un retour sur la séquence d’ouverture du point de vue d’Eilish elle-même. Cameron apparaît à ses côtés dans des moments où elle coréalise activement, créant une couche intime « making-of » à l’intérieur du film principal. Ce choix renforce le lien avec le public pop, pour qui proximité et accès comptent.
Dans une scène, Cameron lui dit : « Tu es comme un diapason », avant d’ajouter : « Et ils frappent les mêmes temps. » La réplique résume la dynamique centrale du film : artiste et public verrouillés sur un même pouls.
Surtout, le film évite de se surcharger d’une narration lourde, piège qui peut transformer les projets de concert en exercices de vanité. Les images des coulisses sont utilisées avec parcimonie, dont Eilish travaillant la force de la cheville après une entorse pour souligner l’exigence physique de son show. Une autre courte scène avec des chiots fait un clin d’œil à son militantisme pour les droits des animaux. Ces intermèdes passent bien mais ne marquent pas durablement ; le plus fort reste Eilish sur scène, en direct.
Le film explique aussi pourquelle elle a longtemps préféré commander la scène seule. Elle dit avoir voulu refléter l’énergie des performances hip-hop, où un artiste peut porter la salle avec un micro, des morceaux et une présence. « Je voulais juste la liberté d’être un mec qui court partout », dit-elle à Cameron, avant d’enchaîner sur Bury a Friend de sa période de premier album.
Le seul véritable accroc structurel survient lors d’un échange franc sur la désirabilité et la féminité qui mène à la chanson oscarisée de Barbie What Was I Made For? L’intention se comprend, mais d’autres titres de son répertoire auraient peut-être assuré cette transition avec plus de finesse. Pourtant, le creux est de courte durée. Il reste un set bâti sur des morceaux majeurs et sur une émotion encore plus grande. Billie Eilish — Hit Me Hard and Soft: The Tour (Live in 3D), distribué par Paramount Pictures, est classé PG-13 par la Motion Picture Association, dure 114 minutes et mérite trois étoiles sur quatre.
Syndiqué depuis Jamaica Gleaner · publié initialement le .
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