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La démocratie latino-américaine sous pression : des rapports régionaux alertent sur polarisation et criminalité
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La démocratie latino-américaine sous pression : des rapports régionaux alertent sur polarisation et criminalité

3 min de lecture

Au cours des derniers cycles électoraux, les candidats rivaux n'ont cessé de s'accuser mutuellement d'affaiblir les normes démocratiques. Dans le même temps, une série d'évaluations sombres sur l'état de la démocratie en Amérique latine a alimenté le débat public. Prises ensemble, ces évolutions témoignent d'un malaise croissant quant à la solidité de la gouvernance dans la région.

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a publié une vaste étude sur la démocratie et le développement, intitulée Democracies Under Pressure. Dans son avant-propos, le rapport indique que les tensions actuelles « s'inscrivent dans un contexte où les démocracies font face à des pressions nouvelles et interconnectées. La polarisation politique s'est intensifiée. La criminalité organisée et les économies illicites ont étendu leur influence dans certains contextes. Les plateformes numériques et l'intelligence artificielle transforment la sphère publique et la manière dont les citoyens participent à la vie politique ».

Par ailleurs, la revue espagnole Tiempo de Paz a publié un numéro spécial sur la gouvernance en Amérique latine, dirigé par Paquita Sauquillo et Carlos F. Liesa. L'ouvrage passe en revue les forces structurelles et contextuelles qui façonnent les fondements démocratiques de la région. Aux côtés de contributions sur les conditions économiques, la sécurité, la violence et l'essor des migrations, Marcela Ríos — représentante d'International IDEA pour l'Amérique latine et ancienne ministre de la Justice du Chili — analyse une démocratie régionale prise entre résilience et désillusion populaire.

Les deux ouvrages convergent sur l'idée que la démocratie latino-américaine se trouve à un tournant décisif, même s'ils formulent le problème de manière légèrement différente. L'étude du PNUD indique qu'elle « revisite la notion de « démocratie citoyenne » proposée par le rapport du PNUD en 2004 », tout en précisant qu'elle « intègre le rôle de l'État comme médiateur clé entre la démocratie et le développement humain ». Cette insistance sur le rôle central de l'État marque un changement par rapport à l'analyse de 2004, qui accorde davantage d'importance à ce qu'elle qualifiait de « création de citoyenneté ».

Cette fracture analytique traverse plusieurs contributions ainsi que l'introduction du numéro latino-américain de Tiempo de Paz. Au fond se pose la question de la valeur à accorder à la démocratie. Une approche la considère de manière instrumentale, en la mesurant aux biens publics qu'elle produit — emplois, scolarisation, soins de santé et services connexes. Une autre la considère de manière substantielle, comme un système permettant aux sociétés de trancher collectivement sans recourir à la violence. Lorsque la vision instrumentale domine, le soutien à la démocratie a tendance à fluctuer au gré des chocs structurels plus larges, y compris les recessions économiques mondiales. Lorsque la valeur substantielle est largement partagée, ce soutien a davantage de chances de perdurer malgré les difficultés.

Lors des consultations qui ont abouti au rapport sur la démocratie de 2004, cette double compréhension s'est cristallisée dans une formule largement reçue : « La qualité de la démocratie dépend non seulement de la qualité des institutions, mais aussi de la qualité de la citoyenneté » — autrement dit, de la force de la culture politique des citoyens. Le document de 2004 considérait donc la construction de la citoyenneté comme indispensable à la consolidation de ce qu'il appelait une démocratie citoyenne.

Déjà à l'époque, le rapport de 2004 mettait en lumière des instincts divergents entre les analystes qui voyaient dans l'État le fondement du progrès démocratique et ceux qui accordaient davantage de crédit à la culture politique des citoyens. Dans l'étude du PNUD de 2026, des voix favorables à une approche plus centrée sur l'État semblent réémerger dans le cadre d'un effort visant à « réimaginer les futurs de la démocratie ». Certains y verront une mise à jour nécessaire ; d'autres pourront y voir un recul par rapport au modèle centré sur la citoyenneté, salué depuis 2004.

Pourtant, comme le souligne le numéro spécial de Tiempo de Paz, ce choix pourrait être illusoire. Des États forts et efficaces et un travail soutenu pour approfondir la citoyenneté par une culture politique qui reconnaît la valeur substantielle de la démocratie n'ont pas forcément à être opposés.

Syndiqué depuis Jamaica Gleaner · publié initialement le .

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